LA 4CV DE LAURENT

TEMOIGNAGE sur une 4CV (Photo propriétaire)

Début 1971 à 18 ans, juste après avoir obtenu mon permis, je voulais acheter une moto. Pour me dissuader de ce projet qu’ils jugeaient un peu risqué, mes parents m’ont proposé de m’offrir une petite voiture d’occasion à un prix modique. Je n’ai eu aucune hésitation quand je me suis trouvé devant une 4CV de 1954, modèle sport à toit ouvrant, bien conservé malgré son âge (17 ans). C’était, cette voiture que j’admirais lorsque j’étais adolescent et par magie, elle était là, devant moi. Pour 700 Frs j’en devins le propriétaire. La mécanique laissait à désirer et j’ai connu diverses difficultés. Mais elle se réparait comme un jeu de mécano et je n’ai pas hésité à changer notamment moi-même à plusieurs reprises le joint de culasse, et aussi la boîte de vitesse, achetée dans une casse. Suivant les recommandations visant à améliorer la tenue de route, j’avais toujours un jerrycan de 10 litres d’eau, voire d’essence (belle inconscience…) dans le coffre avant. Quel bonheur, quelle liberté de transporter mes amis et petites amies sur les routes de notre belle France qui n’était pas encore dotée du réseau autoroutier dont nous bénéficions aujourd’hui ! Je l’avais équipée d’une galerie et nous partions à quatre avec armes ( factices ! ) et bagages sur la N23 (ah les fameux embouteillages de Nogent le Rotrou) vers la Bretagne sud. Même si en 1973 je lui ai été infidèle au bénéfice d’une Simca Rallye 2 acquise avec mes premiers salaires, je n’ai jamais voulu me séparer de ma 4CV. Je l’ai remisée pendant plusieurs années dans le fond du box de mon père. Puis après quelques mois d’utilisation, en 1979-1980 par ma jeune épouse pour se rendre à son travail, vint une longue période de purgatoire. Evidemment le moteur s’est grippé, ce qui a nécessité, l’acquisition, en province, d’un moteur « Ventoux » bien remis en état, récupéré sur une voiture accidentée. Pour mes 40 ans, 12 ans plus tard une cagnotte a été organisée par mon épouse et mes amis pour financer la restauration de la chère 4CV. Elle a donc définitivement quitté début 1993 le box paternel pour l’atelier d’un garagiste et carrossier voisin de mon lieu de résidence, féru de voitures anciennes. Il y a consacré beaucoup plus de temps que prévu car, à l’usage, elle avait souffert de nombreuses plaies et bosses (sans corrosion heureusement). J’ai eu la grande joie de pouvoir la récupérer rutilante (du même bleu) fin 1993. Je me suis régulièrement rendu aux Coupes de l’Age d’or à Montlhéry, jusqu’à la fin de cette très sympathique manifestation. Je suis rentré une fois sur un plateau : panne de bobine d’allumage. Depuis cette époque j’en ai fait installer une seconde, prête à servir en cas de défaillance de la première. Comme il n’était ni agréable ni facile de circuler avec elle en banlieue parisienne, je l’ai fait transporter en Loire Atlantique, mon lieu de villégiature. Bien sûr, il s’est avéré, lors de la première balade le long de la plage, que les freins étaient bloqués (odeur et fumée…), faute pour l’auto d’avoir roulé assez régulièrement, ce qui lui a permis de faire tout de suite connaissance des garagistes locaux… Elle coule maintenant des jours heureux dans le pays de Retz et bénéficie de petites routes de campagne lui permettant d’exprimer toute sa vivacité et de participer parfois aux réunions et sorties du club local de voitures anciennes. Je suis toujours amusé et heureux de l’enthousiasme qu’elle suscite auprès des jeunes (toujours ébahis de découvrir l’emplacement du moteur) et moins jeunes (dont le père ou le tonton en a forcément possédé une). Mes petits-enfants lorsqu’ils viennent en vacances réclament régulièrement de « faire un tour en 4CV avec bon papa », et c’est évidemment toujours avec grand plaisir que je m’exécute. Bref la fidèle 4 CV fait partie de la famille depuis désormais 55 ans et on ne s’en lasse pas !

 Laurent L.